Dans le milieu du coaching et de l’endurance, la respiration est souvent reléguée au second plan. Pourtant, le débat entre ventilation nasale et buccale est au cœur de l’optimisation physiologique. Alors, véritable outil de progression ou effet de mode ? La réponse réside dans une distinction claire : l’intensité de l’effort.
Le VT1 : La zone de prédilection du « Tout par le nez »
Le Premier Seuil Ventilatoire (VT1), qui correspond à l’endurance fondamentale, est le terrain de jeu idéal pour la respiration nasale. À cette intensité, privilégier le nez n’est pas un gadget, c’est une stratégie d’optimisation :
- Rendement chimique : Le nez produit de l’oxyde nitrique, un gaz qui favorise la vasodilatation et améliore l’absorption de l’oxygène par les poumons.
- Musculation respiratoire : La résistance naturelle des narines force le diaphragme à travailler plus en profondeur. C’est un entraînement invisible mais puissant pour muscler votre pompe respiratoire.
- Régulateur d’allure : Pour l’athlète, la respiration nasale sert de « limiteur de vitesse » naturel. Si vous êtes obligé d’ouvrir la bouche, c’est que vous avez quitté la zone d’endurance fondamentale.
Le rôle de la bandelette nasale : Aide mécanique ou artifice ?
C’est ici qu’intervient la bandelette nasale. Souvent perçue comme un accessoire de mode pour footballeurs, elle a une fonction mécanique réelle au VT1 :
- Élargissement des voies : Elle écarte les ailes du nez, réduisant la résistance au passage de l’air.
- Confort de transition : Elle permet à des athlètes ayant des voies nasales étroites de tenir leur endurance fondamentale (VT1) « tout par le nez » sans ressentir de sensation d’étouffement.
- Verdict : Au VT1, c’est un excellent outil de rééducation pour apprendre à se passer de la bouche. Cependant, elle ne transforme pas le nez en une entrée d’air aussi large que la bouche.
Haute Intensité (VT2) : Quand la bouche devient vitale
C’est ici qu’il faut lever toute ambiguïté : la respiration nasale n’est pas faite pour les sorties rythmées ou les compétitions. Dès que l’on s’approche du Second Seuil Ventilatoire (VT2) ou que l’on entre dans des zones de fractionné intense, la physiologie change :
- Besoin de débit : Le nez (même avec une bandelette) devient un « goulot d’étranglement ». Il ne peut tout simplement pas laisser entrer le volume d’air nécessaire pour alimenter des muscles en plein effort anaérobie.
- Évacuation des gaz d’échappement : À haute intensité, la priorité absolue est d’évacuer le CO2 pour retarder l’acidose. Seule la bouche permet une expiration massive et rapide de ces déchets gazeux.
- Performance brute : Forcer une respiration nasale lors d’une séance de VMA ou d’un final de course est contre-productif. Cela fait grimper la fréquence cardiaque inutilement.
Le verdict du coach : À chaque mode sa fonction
Il ne faut pas voir la respiration nasale comme une contrainte permanente, mais comme un outil de développement :
- En endurance fondamentale (80% de l’entraînement) : On mise sur le nez (avec l’aide d’une bandelette si besoin). On construit son moteur, on améliore son économie et on renforce son diaphragme.
- En séance de seuil, fractionné ou course (20% de l’entraînement) : On ouvre la bouche. On libère les chevaux. Le corps a besoin de débit, et la priorité est à la performance brute et à l’évacuation du CO2.
- La bandelette nasale devient obsolète physiologiquement au VT2 mais reste un outil psychologique
Conclusion
La ventilation nasale est valable uniquement au VT1. C’est un outil exceptionnel pour bâtir une base aérobie solide. Cependant, dès que le rythme s’emballe, la bouche reprend ses droits. Un bon athlète est celui qui sait alterner entre ces deux « vitesses » respiratoires selon l’objectif de sa séance.
